Les Congrégations De auxiliis (2)

 

Les Provinciales, éd. Cognet, p. 360, n. 1. Réunions qui se tinrent à Rome du 2 janvier 1598 au 28 août 1607, sous Clément VIII et Paul V, à la suite de la publication de la Concordia de Molina, pour discuter des problèmes de la grâce. Clément VIII y intervint plusieurs fois dans un sens augustinien.

LEVILLAIN Philippe (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard, 1994, p. 380 sq. Sur le pape Clément VIII et la congrégation De auxiliis. Clément VIII intervient dans la controverse théologique entre jésuites et dominicains sur les rapports de la grâce et du libre arbitre, augustiniens et molinistes. La querelle a connu un nouveau développement avec la parution de la Concordia de Molina en 1588. En 1595, Clément VIII évoque l’affaire, mais répugnant à prononcer une condamnation, il fait longuement étudier le problème par une commission de cardinaux, la congrégation de auxiliis (voir ci-dessous) Il en préside lui-même les séances à partir du 20 mars 1602. Les débats sont presque achevés lorsque le pape est emporté par une crise d’apoplexie le 3 mars 1605.

ADAM Antoine, Du mysticisme à la révolte. Les jansénistes du XVIIe siècle, Fayard, Paris, 1968, p. 56. Mission d’étudier le caractère des secours que la grâce apporte à la nature humaine. Nombreuses séances. A partir de 1599, la congrégation entend contradictoirement les théologiens jésuites et dominicains; après une interruption, elle reprend ses séances au mois de mars 1602. Dans une allocution adressée aux commissions, le pape Clément VIII impose une méthode qui favorise les augustiniens : il fallait s’attacher non à la scolastique, mais aux sources de la tradition. Son successeur Paul V adopte la même attitude, mais au dernier moment il renonce à publier la bulle qui devait condamner la théologie nouvelle; il préfère convoquer le général des jésuites et celui des dominicains, et leur interdit de se traiter réciproquement d’hérétiques : p. 56. En 1607, Paul V renvoie les membres de la commission, mais la décision pontificale ne vint pas. Le Saint-Siège ne voulait pas envenimer le conflit entre deux ordres importants. En 1611, le pape peut craindre une résurgence des querelles, avec la publication du De auxiliis divinae gratiae du dominicain Alvarez et l’annonce d’ouvrages de Lessius et Suarez sur la même question : p. 57. Pour arrêter les hostilités, le pape notifie aux évêques,aux universités et aux supérieurs d’ordres la défense de rien laisser imprimer sur la question De auxiliis. Essais de pacification des généraux des jésuites Acquaviva et Vitelleschi : p. 57.

MESNARD Jean, “Thomisme espagnol et jansénisme français”, in L’Age d’or de l’influence espagnole. La France et l’Espagne à l’époque d’Anne d’Autriche 1615-1666, Editions interuniversitaires, 1991, p. 415-425. Le renouveau de la théologie en Espagne est marqué par le renouveau du thomisme, et non de l’augustinisme. Au début de l’époque moderne, le problème du salut est mis au second plan par le développement de l’humanisme, qui soulève celui de la liberté de l’homme, par rapport à la toute-puissance de la grâce : p. 416. Entre le Luthéranisme et l’humanisme, augustinisme et thomisme trouvent un terrain pour élaborer des doctrines orthodoxes; le thomisme espagnol se développe dans le sens de la conformité à la doctrine de saint Augustin, mais il est d’une rhétorique plus souple, moins tranchée, plus fine; l’augustinisme pur s’exprime en positions plus tranchées : p. 417. Rôle majeur des dominicains espagnols, maîtres de l’enseignement théologique dans l’Université de Salamanque. Alors que le Concile de Trente (1545-1564), pour marquer son opposition à Luther, avait d’abord fait preuve d’une certaine méfiance vis-à-vis du thomisme, Dominique Soto parvint à l’imposer : les canons du concile suivent de près la Somme de saint Thomas, en la simplifiant quelque peu. Le résultat fut la proclamation de saint Thomas comme docteur de l’Église en 1567. L’augustinisme s’enseignait comme doctrine quasi officielle à Louvain, non sans une certaine audace et quelque excès de dureté, caractéristique de l’école de Louvain, notamment avec Michel de Bay, dit Baïus : p.417-418. L’entrée en scène des Jésuites modifie le paysage théologique, à partir de 1582 ; Dominique Banez entame un vaste commentaire de la Somme de saint Thomas : p. 418. A Louvain, Lessius (Léonard Leys) attaque les augustiniens en s’en prenant à Baïus; mais il est censuré par les Universités de Louvain et de Douai (1587). En 1588 paraît la Concordia liberi arbitrii cum gratiae donis, de Molina, qui soutient que le libre arbitre humain détermine la grâce. Ces disputes débouchent sur les congrégations De Auxiliis (1597-1607), qui se déroulent sous les pontificats de Clément VIII (1592-1605) et Paul V (1605-1621) : p.418-419. Banez y délègue son disciple Diego Alvarez, dont l’ouvrage majeur, le De Auxiliis divinae gratiae et humani arbitrii viribus paraît à Rome en 1610 : p.419. Lessius publie au même moment, à Anvers, un De gratia efficaci. Banez et Alvarez, defenseurs de la grâce efficace, emportent presque la condamnation de Molina lors des congrégations De Auxiliis (1598-1607). Le débat, qui est passé du commentaire des docteurs et des Pères de l’Église, tourne au débat de théologie théorique. Le pape Paul V décide en 1611 d’interdire toute publication sur la grâce pour arrêter un débat qui tourne mal. L’école de Salamanque en perd toute vitalité. Le silence des thomistes laisse désormais le champ plus libre aux augustiniens. Le débat se déplace à Paris : p.419. En 1649 sont élaborées les cinq propositions imputées à Jansénius : p.419-420. Les adversaires des augustiniens ressemblent beaucoup aux anciens adversaires des thomistes : p.420. Lalane en est frappé, et prend contact avec les thomistes de Rome. Cette tactique est arrêtée par la bulle Cum Occasione, mais le groupe de Port-Royal, particulièrement sous l’impulsion de Lalane, prend l’habitude d’insister sur son accord de fond avec les thomistes : p. 420. Principe soutenu in Arnauld et Lalane, Tertium scriptum circa gratiam sufficientem quae vulgo dicitur Thomistarum, écrit vers 1653, la Dissertatio theologica quadripartita,, et les Vindiciae sancti Thomae circa gratiam sufficientem, dirigés contre le P. Nicolaï. Port-Royal accorde de plus en plus d’importance à l’assimilation de la doctrine thomiste. Le jansénisme français prend alors son visage propre par l’assimilation du thomisme espagnol : p.420. Thomistes espagnols et jansénistes français : p. 421 sq.

Sur les congrégations De Auxiliis et l’hostilité des dominicains aux molinistes, voir ARNAULD Antoine, Considérations sur ce qui s’est passé a l’Assemblée de la Faculté de Théologie de Paris tenue le 4 novembre 1655. Sur le sujet de la Seconde lettre de Monsieur Arnauld Docteur de Sorbonne, Paris, 1655, 34 p. in-4°. Voir § IX, p.7; GERBERON, Histoire générale du jansénisme, II, p.28. Fin avril 1652, le Général des Dominicains était intervenu auprès du Pape, pour lui dire que son ordre avait toujours fait figure d’accusateur sur l’affaire des cinq propositions, et qu’à présent on l’accusait. Le pape se rappelle qu’au moment des congrégations De Auxiliis, tout le monde était pour les Dominicains contre les jésuites : p. 37.

SERRY H., Historiae Congregationum de Auxiliis, Louvain, 1699.