P 2 : Histoire

Le déroulement des événements

DUCHÊNE Roger, L’imposture littéraire dans les Provinciales..., p. 48 sq. Évolution de la situation depuis la première Provinciale. Le 17 janvier, institution du sable à l’initiative du doyen Mincé, malgré les protestations des jansénistes : p. 48. Le 22 janvier, discours fleuve du docteur Bourgeois ; il faut lever la séance pour le faire taire : p. 48. Le 24, Séguier vient présider la séance pour éviter les débordements ; il ne cessera de venir qu’après le départ des docteurs jansénistes : p. 48. Les docteurs augustiniens quittent l’assemblée : p. 49. Du 25 au 29 janvier, les docteurs restants exposent leur avis : p. 49. Vote final :

docteurs présents au début du débat sur la question de fait 202

docteurs opinant : 142

docteurs absents 60 dont 9 ont opiné pour Arnauld

GEF IV, p. 151 sq.

OC I, p. 473, passage du Journal de Saint-Gilles sur le 5 février 1656.

RAPIN, Mémoires, II, éd. Aubineau, p. 357 sq. Réfutation de la première Provinciale, contre la grâce suffisante. En attaquant la grâce suffisante, ARNAULD Antoine, que Rapin croit l’auteur des Provinciales, réfute la grâce efficace. Succès dû à l’intrigue des coteries : p. 358.

GRES-GAYER Jacques M., Le jansénisme en Sorbonne, 1643-1656, p. 182 sq. Voir p. 244, relevé des votes sur le droit. Voir le tableau général p. 293 sq. Divergences entre les sources : p. 244.

Conditions de la rédaction

JOUSLIN Olivier, Pascal et le dialogue polémique, p. 277 sq. Où Pascal écrit-il la lettre? Pascal loge à l’hôtel du Roi David, rue des Poirées. La seconde Provinciale est écrite dans une maison de la rue du faubourg Saint-Marceau où se trouve Arnauld : p. 277.

Les interventions politiques dans les débats de la Faculté de théologie

GRES-GAYER Jacques M., Le gallicanisme en Sorbonne. Chroniques de la Faculté de théologie de Paris (1657-1688), Paris, Champion, 2002, p. 21 sq. La couronne, tout autant que le Parlement, cherchent à aligner les délibérations des théologiens sur les préoccupations du temps. Généralement, les interventions ils préfèrent les manœuvres en coulisse ou les interventions dûment mandatées, mais l’intervention de Séguier montre que des actions plus fermes sont possibles : p. 22.

Sur le chancelier Séguier, voir la notice biographique.

L’intervention du chancelier Séguier pour surveiller les débats de Sorbonne

Ce sont les docteurs hostiles à Arnauld qui se sont plaints auprès du roi des docteurs augustiniens : voir ce qu’en disent les Mémoires de Beaubrun, in GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne. Autour des Provinciales, Paris, Klincksieck, 1997, p. 112-113. L’évêque de Montauban, après avoir dit publiquement qu’il se plaindrait au roi des insolences de M. Bachelier, le fait effectivement : « il implora l’autorité de Sa Majesté pour empêcher ces désordres et il représenta avec beaucoup d’aigreur que cette liberté serait d’autant plus à craindre que, si elle continuait, on pouvait s’assurer qu’on ne viendrait pas à bout de faire une censure telle qu’on la projetait, si l’on n’obligeait les docteurs à ne parler qu’à leur rang. Le roi n’eut pas beaucoup de peine à lui accorder sa demande, parce que le Cardinal et les jésuites avaient inspiré à Sa Majesté qu’il s’agissait dans cette affaire de l’intérêt de la religion et de la paix de son royaume » : p. 113. Le vendredi 10 décembre 1655, le roi a adressé une lettre de cachet à la Sorbonne pour exiger que les débats se déroulent dans l’ordre : p. 116.

La menace de la force répressive revient souvent : voir les menaces de Péréfixe du 18 décembre 1655, BEAUBRUN, Mémoires, cité par GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne. Autour des Provinciales, Paris, Klincksieck, 1997, p. 158 sq. Péréfixe et Marca menacent de dénoncer nommément les docteurs rebelles au roi : p. 158 et 161.

Arrivée de Séguier en Sorbonne, le lundi 20 décembre 1655 : voir BEAUBRUN, Mémoires, GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne. Autour des Provinciales, Paris, Klincksieck, 1997, p. 163 sq. Voir p. 165 et suivantes les différentes interventions de Séguier dans le débat pour limiter les ardeurs des orateurs. Devant les protestations violatur libertas, le chancelier déclare : « Le roi vous donne la liberté tout entière, mais il faut que cela se fasse dans la forme. Il n’est pas question de la bulle d’Urbain VIII, mais si M. Arnauld est téméraire d’avoir dit dans sa seconde Lettre qu’il n’a pas trouvé les cinq propositions » : p. 168. « Monsieur Arnauld peut même venir en cette compagnie avec toute liberté ; c’est cette liberté que je suis venu conserver » : p. 169. Séguier arrête M. Bourgeois, le 20 décembre 1655 : p. 183. Sortie de Séguier, accompagné des évêques en camail et en rochet : p. 186. Son retour le lendemain : p. 187. Mincé empêché d’opiner par le chancelier : p. 187-188. Dispute sur la prise de parole d’un cordelier : p. 191. Le 24 décembre 1655, Séguier s’oppose à la lecture d’un billet de conciliation écrit par Arnauld et proposé par l’évêque de Saint-Brieuc : p. 228-229.

BEAUBRUN, Mémoires, GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne. Autour des Provinciales, Paris, Klincksieck, 1997, p. 260. M. Barbereau compare Séguier à Constantin au concile de Nicée. Mais c’est pour remarquer que Constantin ne disait rien.

Manipulations pour obtenir la censure

BEAUBRUN, Mémoires, GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne. Autour des Provinciales, Paris, Klincksieck, 1997, p. 158 sq. Voir aussi p. 266 sq. Plainte du docteur Martin, sur les sollicitations publiques faites pour obtenir la condamnation d’Arnauld. On a même payé le voyage et le séjour à plusieurs religieux.

ARNAULD Antoine, Œuvres, XIX, p. XLVI. Désordres dans les assemblées : Le Moyne et Cornet, au lieu de rester chacun à leur place, pour y opiner selon leur rang, sont perpétuellement à courir de côté et d’autre dans l’Assemblée, et à assiéger en particulier le syndic et le doyen de la faculté, pour les engager à diriger les opérations selon leurs propres desseins, et à parler à l’oreille des évêques et des docteurs de leur parti pour acquérir la pluralité des suffrages par des suggestions, des promesses et des menaces.

Absentéisme dans les rangs des partisans d’Arnauld

ARNAULD Antoine, Œuvres, XIX, p. LXXVII. Certains partisans d’Arnauld, voyant que sa condamnation est faite et que leur présence n’y changera rien, cessent de venir aux réunions. Liste de ceux qui manquent : p. LXXVIII.

Arnauld dans la clandestinité

SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 2, p. 159 sq. On recherche Arnauld Antoine, on l’attend même la nuit là où il peut se trouver. Considérant qu’Arnauld n’est pas assez bien caché, Pontchâteau note, qu’il ne faudrait qu’une seule personne qui sache où il se trouve, et qu’il y ait des maisons relais pour le courrier.

BAUDRY DE SAINT-GILLES D’ASSON Antoine, Journal d’un solitaire de Port-Royal, éd. Ernst et Lesaulnier, Paris, Nolin, 2008, p. 150 sq. Attitude d’Arnauld dans la clandestinité.

Arnauld use de nombreux pseudonymes dans la clandestinité :

M. de Ris : DELASSAULT, Lettres de Lemaistre de Sacy, p. 34, lettre du 22 janvier 1656 à la Mère Agnès.

M. d’Alibré : ibid., p. 35. Lettre du 8 février 1656 à la Mère Marie Dorothée de l’Incarnation Le Cote ; voir JANSEN, Arnauld d’Andilly..., p. 79.

M. de la Place : ibid., p. 44, lettre à M. Hamon du 18 décembre (1657).

Ces pseudonymes sont intéressants dans la mesure où les Messieurs n’usaient des mêmes que fort peu de temps ; ils permettent souvent de dater certains écrits par le pseudonyme qui y est attaché.

JOVY Ernest, Études pascaliennes, IX, Le Journal de M. de Saint-Gilles, p. 110. Alarme de M. Arnauld (fin janvier 1656) ; et p. 112 sq., sur « M. Arnauld caché. Son état. Sa grande piété » (renseignements sur l’attitude d’Arnauld dans ses cachettes). Prières et retraites : p. 113. Arnauld décide de mieux se cacher fin janvier, après la condamnation de la proposition de droit : p. 116. Voir p. 122 sq., à la date du 7-8 février 1656, sur les “nouveaux logis où se cache M. Arnauld”. Arnauld dans ses cachettes « est habillé de gris avec une grande perruque, les collets, glands et manchettes à la mode et s’appelle M. d’Alibré » : p. 123. Les personnes qui cachent Arnauld : p. 124.

ARNAULD Antoine, Lettre XLVII à la Mère Angélique du 26 janvier 1656, Œuvres, I, p. 99. « Nous sommes de cette nuit en un lieu plus caché, mais très commodément ; et il serait à désirer qu’il le fût tant que nous ne fussions point obligé d’en sortir. On y fera tout ce que l’on pourra. Vous aurez su la résolution de nos amis, de ne se plus trouver en Sorbonne, puisqu’on leur ferme la bouche. Ils commencèrent hier à l’exécuter. C’est ce qui m’a obligé de me tenir plus serré ; car il ne faut point douter après cela qu’ils ne fassent ce qu’ils pourront pour s’assurer des personnes. »

On ne vit pas seul dans la clandestinité. Voir OC III, p. 469, sur la difficulté qui consiste non seulement à cacher Antoine Arnauld, mais aussi à lui trouver des compagnons pour l’aider dans ses travaux et s’occuper des besognes matérielles : p. 469 sq. La difficulté n’est résolue que le 8 février 1656, lorsque Le Maistre, Saint-Gilles et Fontaine sont réunis avec Arnauld : p. 469. Pascal compte parmi ceux qui lui apportent leur concours. Il est avec Antoine Arnauld, selon Saint-Gilles, lorsque vient de paraître la première Provinciale : p. 469. Rien n’atteste la présence de Nicole auprès d’Arnauld de décembre 1655 à mars 1656. Le Journal de Saint-Gilles, du 8 avril au 2 août 1656 ne permet pas de dire avec précision quand s’est formé l’association qui a été si décisive dans le cours des événements. Tout ce que le Journal de Saint-Gilles permet de dire, c’est qu’elle était scellée à la date du 23 août 1656 : p. 470. Arnauld est à l’hôtel des Ursins à partir du 8 février 1656 : p. 470-471

Voir à la date du 3-4 janvier 1656. La Mère Angélique écrit à Arnauld qu’il profitera bientôt de la compagnie de Pascal à Paris, chez M. de Bernières, OC III, p. 447 et p. 467 sq. On s’est posé la question de savoir en quel lieu Pascal et Arnauld devaient se rencontrer : p. 467. Arnauld est à Port-Royal des Champs depuis 1648, mais lors des assemblées de Sorbonne, il quitte cette retraite trop exposée et trop éloignée, et va se cacher à paris, chez Bernières. Il ne revient à Paris que du 24 au 26 décembre 1655. A Paris, il doit chercher des cachettes plus sûres ; d’abord au faubourg Saint-Jacques, puis à partir du 26 janvier 1656, au faubourg Saint-Marceau, en compagnie de Fontaine : p. 468. Il faut encore déménager quand Le Maistre le rejoint le 1er février, pour une maison située « au milieu de Paris » : p. 469. Cette solution est demeurée stable pour plusieurs mois.

Sur ce que peut coûter la clandestinité, voir JOVY Ernest, Etudes pascaliennes, IX, Le Journal de M. de Saint-Gilles, p. 124, pour le cas d’Arnauld.

OC I, p. 484. Aussitôt après la censure, Arnauld quitte Port-Royal pour se cacher à Paris avec Nicole et Le Maître.

ARNAULD Antoine, Œuvres, XIX, p. XLV. Après le 2 décembre 1655, Arnauld se retire à Port-Royal des Champs. Selon J. Mesnard, c’est inexact.

BAUDRY DE SAINT-GILLES D’ASSON Antoine, Journal d’un solitaire de Port-Royal, éd. Ernst et Lesaulnier, Paris, Nolin, 2008, p. 148-149. Alerte du 21 ou 22 janvier 1656.

Lettre de Pontchâteau à Saint-Gilles du 9 février 1656, in BAUDRY DE SAINT-GILLES D’ASSON Antoine, Journal d’un solitaire de Port-Royal, éd. Ernst et Lesaulnier, Paris, Nolin, 2008, p. 251. On dit à Saint-Gilles qu’Arnauld n’est pas assez bien caché ; il refuse d’y penser, car il dit que s’il y pensait, il devinerait où il se trouve.

Pascal dans la clandestinité

Lancelot écrit le 20 septembre 1664 : « Quand on sait se mettre dans une auberge à dix sols par jour, comme l’auteur de la Petite Lettre, on trouve remède à ces difficultés. Cela est un peu difficile, je l’avoue, mais une Bastille est encore plus rude à souffrir ». Voir COGNET Louis, Lancelot, p. 134 ; Recueil d’Utrecht, p. 278.

Les Provinciales, éd. Cognet, p. XXIX sq.

JOUSLIN Olivier, Pascal et le dialogue polémique, p. 277 sq. La seconde Provinciale est écrite dans une maison de la rue du faubourg Saint-Marceau où se trouve Arnauld : p. 277.

OC I, éd. J. Mesnard, p. 1022, Mémoires de Beaubrun. Dans la marge : « Il [Pascal] logeait près du Luxembourg, à une maison qui faisait face à la porte de Saint-Michel. Il y avait une porte de derrière qui entrait dans le jardin du Luxembourg. C’était un nommé Patris, officier de ce duc, qui lui avait prêté sa maison. Il fut obligé quelques temps après d’en sortir de crainte d’être connu, et il alla loger derrière la Sorbonne, sans la rue nommée [lacune], au Roi David, avec M. Périer, son beau-frère, où les jésuites mêmes allaient quelquefois en visite, et où ils allèrent un jour lorsqu’on lui venait d’apporter des feuilles encore toutes mouillées et sortantes de l’impression, et qu’il cacha sous les couvertures de son lit ».

OC III, éd. J. Mesnard, p. 467 sq., notice de la lettre de la Mère Angélique à Antoine Arnauld du 4 janvier 1656. Où Pascal rencontrait-il Arnauld ? On a cru que c’était à Port-Royal des Champs, notamment en se fondant sur le Journal de Saint-Gilles et une indication de Marguerite Périer dans une Addition au Nécrologe. En fait, si Arnauld logeait bien aux Champs depuis 1648, lorsque les assemblées de Sorbonne ont pris un tour menaçant, il quitte cette retraite trop exposée et trop éloignée pour partir, à partir du 5 décembre 1655, avec Le Maistre de Sacy et Fontaine pour se cacher à Paris chez Maignart de Bernières : p. 468. Il ne revient aux Champs qu’un court moment, du 24 au 26 décembre 1655. Le 13 janvier 1656, il cherche une retraite plus sûre. Voir plus haut. C’est à Paris que Pascal rencontre Arnauld : p. 469.

Les Provinciales, éd. Cognet, p. XXIX sq. Pascal ne revient pas à son logement de la rue des Francs-Bourgeois Saint-Michel (l’actuelle rue Monsieur-le-Prince) : redoutant les soupçons, il passe dans la clandestinité. Alors que ses compagnons demandent asile à des amis, il préfère loger, sous le nom de M. de Mons, dans des auberges, sans confort, mais sûres, la police n’exerçant alors presque aucun contrôle sur les garnis. Il loge à l’enseigne du Roi David, rue des Poirées, en face du collège de Clermont, l’actuel lycée Louis-le-Grand, tenu par les jésuites. Il y écrit la deuxième Provinciale. Voir GEF IV, p. 152. Sur le plan de Gomboust, on la voit perpendiculaire à la rue Saint-Jacques.

SAINTE-BEUVE, Port-Royal, III, VII, éd. Leroy, t. 2, Pléiade, p. 83 sq. ; GEF IV, p. 152. Pascal se cache rue des Poirées.

 

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Une des Addition au nécrologe de Port-Royal, œuvre de Marguerite Périer, reproduite dans OC I, éd. J. Mesnard, p. 1126-1127, apporte des précisions complémentaires. « M. Pascal, qui avait une maison de louage dans Paris, alla se mettre dans une auberge, pour continuer cet ouvrage, à l’enseigne du Roi David, dans le rue des Poirées, où il était inconnu, sous un autre nom. C’était tout vis-à-vis du Collège de Clermont, qu’on nomme à présent le Collège Louis-le-Grand. M. Périer, son beau-frère, étant allé à Paris dans ce temps-là, alla se loger dans cette auberge, comme un homme de province, sans faire connaître qu’il était son beau-frère. Durant qu’il y était, le P. Defrétat, jésuite, son parent, et parent aussi de M. Pascal, alla trouver M. Périer, et lui dit qu’ayant l’honneur de lui appartenir, il était bien aise de l’avertir que l’on était persuadé, dans la Société, que c’était M. Pascal, son beau-frère, qui était l’auteur des petites lettres contre eux qui couraient Paris, et qu’il devait l’en avertir, et lui conseiller de ne pas continuer, parce qu’il pourrait lui en arriver du chagrin. M. Périer le remercia, et lui dit que cela était inutile, et que M. Pascal lui répondrait qu’il ne pouvait pas les empêcher de l’en soupçonner, parce que, quand il leur dirait que ce n’était pas lui, ils ne le croiraient pas, et qu’ainsi, s’ils voulaient l’en soupçonner, il n’y avait pas de remède. Il se retira là-dessus, lui disant toujours qu’il fallait l’en avertir, et qu’il y prît garde. M. Périer fut fort soulagé quand il s’en alla ; car il y avait une vingtaine d’exemplaires de la septième ou de la huitième lettre sur son lit, qu’il y avait mis pour sécher ; mais les rideaux étaient tirés, et heureusement un frère, que le P. Defrétat avait mené avec lui, et qui s’était assis près du lit, ne s’en aperçut pas. M. Périer aussitôt alla en divertir M. Pascal, qui était dans la chambre au-dessus de lui, et que les jésuites ne croyaient pas être si proche d’eux. »

GEF VII, p. 61. Affaire du P. de Fretat d’après Marguerite Périer.

CLÉMENCET, Histoire de Port-Royal, Tome III, Livre IX, LXXXVI, Amsterdam, Van Duren, 1756, p. 447 sq. « Pendant l’impression de cette septième lettre, ou de la suivante, un événement singulier, qui mérite sa place ici, manqua de faire découvrir tout le mystère. M. Périer arrivant à Paris dans le même temps que M. Pascal était dans l’auberge du Roi David, où il faisait ses lettres, alla se loger dans cette même auberge comme un homme de province, sans faire connaître qu’il était beau-frère de M. Pascal, qui y était sous le nom de M. de Mons. Le Père de Fretat jésuite, parent de M. Périer, vint lui rendre visite, et lui dire qu’ayant l’honneur de lui appartenir, il était bien aise de l’avertir, qu’on était persuadé dans la Société, que c’était M. Pascal son beau-frère, lequel vivait dans la retraite, qui était auteur des petites lettres qui couraient Paris contre les jésuites, et qu’il devait lui dire, et lui conseiller de ne pas les continuer, parce qu’il pourrait lui en arriver du chagrin. M. Périer le remercia, et lui dit que cela était inutile, et que M. Pascal lui répondrait qu’il ne pouvait pas les empêcher de l’en soupçonner, parce que quand il leur dirait que ce n’était point lui, ils ne le croiraient pas ; et qu’ainsi s’ils s’imaginaient que cela était, il n’y avait point de remède. Le Père de Fretat se retira là-dessus, disant toujours qu’il était bon de l’avertir, et qu’il prît garde à lui. M. Périer fut fort soulagé quand il s’en alla, car il y avait sur son lit une vingtaine d’exemplaires de la septième ou de la huitième lettre, qu’il y avait mis pour sécher. Il est vrai que les rideaux étaient un peu tirés, et qu’heureusement le Frère que le Père de Fretat avait amené avec lui, et qui s’était assis auprès du lit, ne s’aperçut de rien. M. Périer alla aussitôt en divertir M. Pascal, qui était dans la chambre au-dessous de lui, et que les jésuites ne croyaient pas si proche d’eux, quoiqu’ils sentissent bien ses coups ».

OC I, éd. J. Mesnard, p. 1022, f°281 r° ; voir l’édition des Mémoires de Beaubrun publiée par Jacques M. Gres-Gayer, En Sorbonne. Autour des Provinciales, Édition critique des Mémoires de Beaubrun (1655-1656), Paris, Klincksieck, 1997, p. 587. Beaubrun tient ses renseignements de Nicole, ou de Louis ou Marguerite Périer : p. 1021. Dans la marge : « Il [Pascal] logeait près du Luxembourg, à une maison qui faisait face à la porte de Saint-Michel. Il y avait une porte de derrière qui entrait dans le jardin du Luxembourg. C’était un nommé Patris, officier de ce duc, qui lui avait prêté sa maison. Il fut obligé quelques temps après d’en sortir de crainte d’être connu, et il alla loger derrière la Sorbonne, sans la rue nommée [lacune], au Roi David, avec M. Périer, son beau-frère, où les jésuites mêmes allaient quelquefois en visite, et où ils allèrent un jour lorsqu’on lui venait d’apporter des feuilles encore toutes mouillées et sortantes de l’impression, et qu’il cacha sous les couvertures de son lit ».

Un encart dans les Mémoires de Beaubrun, f° 280 r°, rapporte l’anecdote du P. De Fretat : voir OC I, éd. J. Mesnard, p. 1022 ; et Jacques M. Gres-Gayer, En Sorbonne. Autour des Provinciales, Édition critique des Mémoires de Beaubrun (1655-1656), Paris, Klincksieck, 1997, p. 587. « M. Pascal alla loger dans une auberge, Au Roi David, dans une rue qui est derrière la Sorbonne [un espace blanc], où M. Périer, son beau-frère, vint aussi se loger. Deux jésuites, dont l’un était so parent, l’y vinrent visiter et entrèrent chez lui par hasard comme on venait d’apporter des feuilles encore toutes mouillées de chez l’imprimeur. Cette visite imprévue obligea de les jeter sur son lit et de les cacher en fermant les rideaux. Ce parent lui dit en sortant qu’il l’avertissait qu’on disait partout qu’il était l’auteur des Lettres au Provincial et qu’l devait prendre garde à lui. M. Pascal ne se déferra point et lui répondit qu’il lui était obligé de cet avis, mazisd qu’il n’avait rien à craindre sur cela ; qu’on attribuait ces lettres à bien des gens avec aussi peu de fondement ; qu’on ne pouvait pas empêcher le monde d’avoir de pareils soupçons et que le temps apprendrait un jour si ces bruits étaient bien fondés ».

JOVY Ernest, Discursions autour de Pascal, Paris, 1928, p. 104.

Recueil d’Utrecht, p. 278 sq. Affaire du P. de Frétat. Les Jésuites croient Pascal auteur des Provinciales. Voir OC I, p. 1022, pour le texte.

OC I, p. 1022, Mémoires de Beaubrun. Dans la marge : « Il [Pascal] logeait près du Luxembourg, à une maison qui faisait face à la porte de Saint-Michel. Il y avait une porte de derrière qui entrait dans le jardin du Luxembourg. C’était un nommé Patris, officier de ce duc, qui lui avait prêté sa maison. Il fut obligé quelques temps après d’en sortir de crainte d’être connu, et il alla loger derrière la Sorbonne, sans la rue nommée [lacune], au Roi David, avec M. Périer, son beau-frère, où les jésuites mêmes allaient quelquefois en visite, et où ils allèrent un jour lorsqu’on lui venait d’apporter des feuilles encore toutes mouillées et sortantes de l’impression, et qu’il cacha sous les couvertures de son lit ».

POUZET Régine, Chronique des Pascal, Paris, Champion, 2001, p. 178 sq. Les activités de Florin Périer pour soutenir Pascal dans la clandestinité. L’affaire du P. de Frétat : p. 179. En fait, quoi qu’en disent les Additions au nécrologe, le P. de Frétat n’est pas un proche parent : il est allié de la famille Pascal parce qu’un de ses frères, André, a épousé une cousine germaine de Blaise, Françoise Pascal. Il est allié des Périer parce qu’une de ses sœurs, Antoinette, a épousé Antoine Laville, cousin par alliance des Florin.

Pascal a ensuite logé chez son ami le duc de Roannez : on le sait par sa déposition sur le miracle de la Sainte-Épine, en date du 8 juin 1656.

Pascal semble n’avoir quitté Paris que pour aller au château de Vaumurier, pour composer la XVIeProvinciale.

Sur ces déplacements et cachettes pendant la querelle, voir MESNARD, Pascal, Hatier, 1967, p. 80, et FERREYROLLES, Gérard, Les Provinciales, p. 39.

Nicole dans la clandestinité

OC III, p. 470-471.

Poursuites de la police

LE GUERN Michel, « Les réactions de la police aux Provinciales », La campagne des Provinciales, Chroniques de Port-Royal, 58, Paris, 2008, p. 51-58.

GRES-GAYER Jacques M., Le jansénisme en Sorbonne, 1643-1656, p. 182.

JOUSLIN Olivier, Rien ne nous plaît que le combat. La campagne des Provinciales de Pascal. Étude d’un dialogue polémique, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2007, 2 vol. Voir t. I, p. 73 sq.

24 janvier 1656. Le chancelier Séguier revient aux délibérations de Sorbonne

ARNAULD Antoine, Œuvres, XIX, p. LXI.

BAUDRY DE SAINT-GILLES D’ASSON Antoine, Journal d’un solitaire de Port-Royal, éd. Ernst et Lesaulnier, Paris, Nolin, 2008, p. 145.

JOUSLIN Olivier, « Rien ne nous plaît que le combat ». Pascal et le dialogue polémique, t. 2, Thèse, 2004, p. 1059, hésite entre les dates du 23, et du 24.

24 janvier 1656. Bourgeois interrompu par le chancelier

ARNAULD Antoine, Œuvres, XIX, p. LXI.

BAUDRY DE SAINT-GILLES D’ASSON Antoine, Journal d’un solitaire de Port-Royal, éd. Ernst et Lesaulnier, Paris, Nolin, 2008, p. 145-146.

24 janvier 1656. Arnauld change de demeure pour la deuxième fois depuis 15 jours

McKENNA Antony, « La composition de la « Logique » de Port-Royal », p. 192-193.

24 janvier 1656. Guerre civile en Suisse

PILLORGET René et Suzanne, France baroque, France classique, 1598-1715, I, Récit, Paris, Robert Laffont, 1995, p. 1330.

25 janvier 1656. Saint-Gilles note que des docteurs ont “prévariqué”, et que, de favorables à Arnauld sur la question de fait, ils deviennent défavorables pour la question de droit.

JOUSLIN Olivier, « Rien ne nous plaît que le combat ». Pascal et le dialogue polémique, t. 2, Thèse, 2004, p. 1059. Rapin note le revirement de François Héronn l’un des signataires de l’appel au parlement contre les propositions de Cornet.

25 janvier 1656. Soixante docteurs favorables à Arnauld se retirent du débat de Sorbonne.

JOVY Ernest, Études pascaliennes, IX, Le Journal de M. de Saint-Gilles, p. 108.

BAUDRY DE SAINT-GILLES D’ASSON Antoine, Journal d’un solitaire de Port-Royal, éd. Ernst et Lesaulnier, Paris, Nolin, 2008, p. 146. Quatre ou cinq docteurs demeurent dans les assemblées à titre de témoins. Le chancelier Séguier s’abstient aussi de revenir aux assemblées à partir de ce jour.

ARNAULD Antoine, Œuvres, XIX, p. LXI.

ADAM Antoine, Du mysticisme à la révolte, p. 221.

DE FRANCESCHI Sylvio, Entre saint Augustin et saint Thomas. Les jansénistes et le refuge thomiste (1653-1663) : à propos des 1re, 2e et 3e Provinciales, Paris, Nolin, 2009, p. 96.

26 janvier 1656.

JOVY Ernest, Études pascaliennes, IX, Le Journal de M. de Saint-Gilles, p. 109.

BAUDRY DE SAINT-GILLES D’ASSON Antoine, Journal d’un solitaire de Port-Royal, éd. Ernst et Lesaulnier, Paris, Nolin, 2008, p. 147.

26 janvier 1656. Délibérations en Sorbonne

JOVY Ernest, Etudes pascaliennes, IX, Le Journal de M. de Saint-Gilles, p. 109.

BAUDRY DE SAINT-GILLES D’ASSON Antoine, Journal d’un solitaire de Port-Royal, éd. Ernst et Lesaulnier, Paris, Nolin, 2008, p. 147.

Mercredi 26 janvier 1656. Arnauld passe un acte devant notaires pour protester de nullité contre les décisions de la faculté de théologie

Minutier central, LXXV, 91. Voir à la date du 27 janvier le texte de cette protestation.

OC III, éd. J. Mesnard, p. 448. Références bibliographiques.

JOVY Ernest, Études pascaliennes, IX, Le Journal de M. de Saint-Gilles, p. 109.

MISONO Keisuke, Ecrire contre le jansénisme au XVIIe siècle : Léonard de Marandé polémiste vulgarisateur, Thèse, Clermont-Ferrand, 2008, p. 399.

DE FRANCESCHI Sylvio, Entre saint Augustin et saint Thomas. Les jansénistes et le refuge thomiste (1653-1663) : à propos des 1re, 2e et 3e Provinciales, Paris, Nolin, 2009, p. 96.

GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne. Autour des Provinciales, Édition critique des Mémoires de Beaubrun (1655-1656), Paris, Klincksieck, 1997, p. 618 sq. Texte, précédé de cette indication : « Il n’est rien dit dans le plumitif de la signification que M. Arnauld leur fit faire le 27 janvier, et qui fut imprimée alors in 4° et distribuée le même jour partout. Ils en firent la lecture dans l’assemblée. » L’acte est « fait et passé le 26 janvier après-midi et a signé la minute. Signe Le Caron et Gallois » : p. 621.

JOUSLIN Olivier, « La loi comme question et comme enjeu durant la campagne des Provinciale », La campagne des Provinciales, Chroniques de Port-Royal, 58, Paris, 2008, p. 293-306. Voir p. 294, le contexte.

Mercredi 26 janvier 1656. Durant la nuit, Arnauld s'établit en cachette dans une maison du faubourg Saint-Marceau

OC III, éd. J. Mesnard, p. 468.

McKENNA Antony, « La composition de la « Logique » de Port-Royal », p. 193.

BAUDRY DE SAINT-GILLES D’ASSON Antoine, Journal d’un solitaire de Port-Royal, éd. Ernst et Lesaulnier, Paris, Nolin, 2008, p. 146.

GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne. Autour des Provinciales, Édition critique des Mémoires de Beaubrun (1655-1656), Paris, Klincksieck, 1997, p. 622. Arnauld se met à l’abri des « entreprises violentes ».

BLUCHE François, Louis XIV, Paris, Fayard, 1986, p. 305 sq.

26 janvier 1656. Lettre d’Antoine Arnauld à la Mère Angélique sur sa cachette

GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne. Autour des Provinciales, Édition critique des Mémoires de Beaubrun (1655-1656), Paris, Klincksieck, 1997, p. 622. Arnauld pense que la retraite des docteurs jansénistes des délibérations de Sorbonne va entrainer des recherches et des arrestations chez ses amis.

26 janvier 1656. Sacy retourne définitivement aux Champs comme confesseur

FONTAINE Nicolas, Mémoires ou histoire des solitaires de Port-Royal, éd. P. Thouvenin, Paris, Champion, 2001, p. 215. Fontaine demeure seul avec Arnauld au faubourg Saint-Marceau.

27 janvier 1656. Parution de la première Provinciale

OC III, éd. J. Mesnard, p. 469. Bruits circulant dès la parution de la première Provinciale, l'attribuant non à Arnauld, mais "à M. Pascal, qui est son ami, et a demeuré avec lui tous les jours passés", selon le Journal de Saint-Gilles, p. 110.

OC III, éd. J. Mesnard, p. 448. Publication de la première Provinciale.

Provinciales, éd. Cognet, p. 3-4, note. Mise en circulation le 27 janvier, selon Saint-Gilles, Journal, p. 110.

JOUSLIN Olivier, « Rien ne nous plaît que le combat ». Pascal et le dialogue polémique, t. 2, Thèse, 2004, p. 1059.

BAUDRY DE SAINT-GILLES D’ASSON Antoine, Journal d’un solitaire de Port-Royal, éd. Ernst et Lesaulnier, Paris, Nolin, 2008, p. 147 sq.

DE FRANCESCHI Sylvio, Entre saint Augustin et saint Thomas. Les jansénistes et le refuge thomiste (1653-1663) : à propos des 1re, 2e et 3e Provinciales, Paris, Nolin, 2009, p. 97.

27 janvier 1656. Saint Chrysostome. Les docteurs disciples de saint Augustin suivent la messe fondée par les docteurs de la Faculté pour la fête de saint Jean Chrysostome

GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne. Autour des Provinciales, Édition critique des Mémoires de Beaubrun (1655-1656), Paris, Klincksieck, 1997, p. 616-617.

27 janvier 1656. ARNAULD Antoine, Acte signifié le 27e jour de janvier 1656 à Messieurs les Doyen, Syndic et greffier de la Faculté de Théologie de Paris

L'acte de protestation de nullité qu'en avait fait M. Arnauld : acte qu'Arnauld avait fait signifier le 27 janvier 1656 à la Faculté de théologie contre les nullités de la censure. Voir le texte latin in Œuvres, XIX, p. 719. L'acte fut lu à l'assemblée, dont les partisans d'Arnauld s'étaient retirés.

Archives nationales, Minutier central, LXXV, 91 ; voir OC III, p. 448.

ARNAULD Antoine, Acte signifié le 27e jour de janvier 1656 à Messieurs les Doyen, Syndic et greffier de la Faculté de Théologie de Paris, à la requête de Monsieur Arnauld, Docteur de Sorbonne, slnd, in-4°. Voir le texte de l’acte in GEF IV, p. 181 sq., ou PASCAL, Œuvres, I, éd. Le Guern, p. 1158 sq. "Acte signifié le 27e jour de janvier 1656 à MM. les Doyen, Syndic et Greffier de la faculté de théologie de Paris, à la requête de M. Amauld, docteur de Sorbonne. Aujourd'hui est comparu par-devant les notaires garde-notes du roi notre Sire en son Châtelet de Paris soussignés en la maison de Galloys l'un d'iceux maître Antoine Arnauld prêtre docteur en théologie de la maison et société de Sorbonne, demeurant ordinairement à Port-Royal-des-Champs près Chevreuse, étant de présent à Paris, lequel a dit et déclaré qu'encore qu'il ait eu jusques à présent plusieurs raisons de se plaindre du procédé qui a été tenu contre lui dans l'examen de la Seconde lettre du 10 juillet 1655, qu'il a été contraint de publier pour répondre à plusieurs écrits que l'on aurait fait contre sa première Lettre touchant ce qui s'était passé à l'endroit d'un seigneur de la Cour dans une paroisse de Paris, en ce que les docteurs députés pour l'examen de sa Lettre ont eu la dureté de persister à se porter pour ses juges, après les récusations qui leur ont été signifiées de sa part; Que quelques docteurs de la communauté de Saint-Sulpice, contre lesquels ladite Lettre a été écrite, et quelques autres docteurs qui avaient approuvé la conduite combattue dans ladite Lettre, et dans laquelle ils sont désignés, ont assisté aux assemblées et ont opiné contre lui, et contre les règles de l'équité naturelle se sont portés pour juges en leur propre cause; Que l'on n'a point satisfait aux suppliques des anciens docteurs, qui demandaient pour l'éclaircissement de la question de fait qu'on leur donnât suivant les usages et coutumes de la Faculté les extraits nécessaires pour fonder leur jugement ; Qu'aucuns des docteurs les plus qualifiés ont usé de grandes menaces dans la Faculté lorsqu'on insistait dans lesdites suppliques ; Qu'ayant envoyé à la Faculté une déclaration ou satisfaction signée de sa main qui changeait l'état de la délibération, on n'a pas voulu qu'il ait été opiné sur icelle lorsqu'elle a été présentée, nonobstant la réquisition qui en aurait été faite par l'un desdits anciens docteurs, ni même souffrir qu'il en ait été délibéré après avoir pris tous les avis sur ladite question de fait, selon la parole qui en avait été donnée : Que pour précipiter une censure, et ôter la liberté aux docteurs de revenir en se rendant aux raisons qu'ils avaient ouïes, et recevant la satisfaction qui aurait été présentée, comme quelques-uns témoignaient le vouloir faire, maître Denis Guyard syndic, au lieu de compter dans l'assemblée les suffrages sur le plumitif du grand bedeau et scribe de la Faculté suivant la coutume, et au lieu de les lire à haute voix comme la nécessité le requérait après une délibération de six semaines, et selon la demande qui en a été faite par plusieurs docteurs, à qui la personne dudit sieur syndic était suspecte en cette occasion, aurait tiré de sa poche un papier volant sur lequel il aurait compté le nombre des docteurs, qu'il aurait divisés en trois avis, de la différence et du nombre desquels il se serait rendu le seul juge et arbitre, et avec si peu de sincérité, que plusieurs docteurs lui auraient soutenu qu'il y en avait plus de soixante et onze pour exempter ladite proposition de censure, quoique ledit sieur syndic eût dit qu'il n'y en avait point davantage, et lui ayant même été reproché en pleine assemblée qu'il avait compté plus de suffrages qu'il n'y avait eu de personnes à délibérer, il n'a pu se défendre de ce reproche, qu'en disant une c'était les neutres qu'il n'avait pas compte si exactement; Que ne pouvant y avoir aucune censure légitime sur la question de fait parce qu elle ne passait point aux deux tiers selon l'ancien usage de la faculté, y compris même le grand nombre des religieux mendiants surnuméraires, dont toutes les voix ont été comptées par ledit sieur syndic, au préjudice des statuts de ladite Faculté, et arrêts de Nosseigneurs de Parlement, et de ['opposition nouvellement faite en deux de ces assemblées ; et n'y avant point eu effectivement aucune censure prononcée, attendu que maître Louis Messier doyen n'aurait rien dit, sinon ces deux mots, Ego concludo, sans rien exprimer davantage quoiqu'il eut été interpellé par plusieurs docteurs de dire ce qu'il concluait, lui répétant ces mots, Quid concludis? toutefois il a appris qu'on n'a pas laissé de dresser une prétendue conclusion de censure dans la chambre de maître Alphonse Le Moyne sa principale partie. Qu'encore qu'il ait eu tous ces sujets de plainte, et plusieurs autres qu il passe sous silence, comme plusieurs actes refusés a des docteurs qui les ont requis, les interruptions continuelles dont on a troublé les avis de ceux qui allaient a exempter ladite proposition de fait de toute censure, le refus de toute conférence réglée, tant a son égard par la condition qui lui a été imposée de ne pas venir pour conférer et répondre a ce qu'on avait à lui objecter, qu'à l'égard de plusieurs docteurs qui l'ont demandée instamment pour un entier éclaircissement des questions proposées : néanmoins il aurait toujours dissimule tous ces sujets de plaintes par un sentiment de respect envers la Faculté, et par l'amour de la paix. Mais il a appris qu'en procédant à l'examen de la question de droit commencée le 18 de ce mois on lui a imposé calomnieusement d'avoir soutenu dans sa Lettre une hérésie condamnée par le concile de Trente, et par la constitution du pape Innocent X, à savoir que les commandements de Dieu sont impossibles aux justes, quoiqu'il l'ait toujours condamnée dans tous ses écrits, et qu'il la condamne sincèrement; Qu'ayant fait présenter par un ancien docteur un écrit par lequel on pouvait reconnaître plus clairement la pureté de sa doctrine sur la question qui devait être examinée, on n'a pas voulu en permettre la lecture dans la Faculté ni députer aucun docteur pour l'examiner et en faire rapport à ladite Faculté, quelque instance qui en ait été faite par celui qui l'avait présenté de sa part; Qu'après quatre assemblées dans lesquelles chaque opinant a parle aussi longtemps qu'il l'a jugé nécessaire pour l'établissement de son avis, il est arrivé qu'un docteur avant plus de choses à dire pour la défense de la proposition de sa Lettre, et pour montrer qu elle était entièrement conforme à la doctrine de saint Thomas on 1'a interrompu plusieurs fois quoiqu'il ne dît que des choses très nécessaires, et on a même rompu rassemblée une heure plus tôt que de coutume pour l'empêcher de représenter ses raisons ; Ht le jour de lundi dernier il y en eut d'autres lesquels n'étant qu'au milieu de leurs avis furent contraints par autorité de se taire et de conclure. Ce qui aurait été fait sous prétexte d'une prétendue conclusion du dix-septième de ce mois, par laquelle on aurait voulu limiter le temps de chaque avis à une demi-heure, quoique plusieurs docteurs se fussent opposés à ladite conclusion, comme étant inouïe, contraire aux usages de toutes les compagnies réglées, et nommément à ceux de ladite Faculté, et à la liberté des suffrages ; et qu'en effet elle n'eût point été observée dans lesdites quatre premières assemblées, et ne le put être à cause qu'en une affaire de cette importance, et où il s'agit d'une matière de foi, on ne peut l'examiner comme il faut sans laisser une entière liberté a tous les docteurs qui en doivent opiner, d'apporter toutes les preuves tirées de l'Ecriture, de Pères, et des autres principes de théologie, dont ils veulent appuyer leur avis, ce qui requiert beaucoup de temps. Et d'autant qu'un grand nombre de docteurs, se voyant par ce moyen privés de la liberté de dire les raisons de leurs avis se sont retirés desdites assemblées, et ont cesse dès le jour d'hier d'y aller, ledit sieur Arnauld, après avoir protesté comme il proteste par ces présentes de ne se départir jamais de la foi catholique, apostolique et romaine, dans laquelle il a toujours vécu, et d'être toute sa vie, comme il a toujours été, entièrement soumis à l'Eglise et au Saint-Siège, a déclaré et déclare qu'il ne peut reconnaître pour légitime une assemblée où il n'y a point de liberté à des théologiens de déduire les raisons de leurs avis, et en laquelle il se trouve tant d'autres défauts essentiels. Et pour toutes ces raisons, et autres qu'il dira en temps et lieu, il proteste de nullité de tout ce s'y est fait et s'y fera ci-après, et de se pourvoir au contraire ainsi et quand il le trouvera bon être : dont il a requis acte auxdits notaires qui lui ont accorde le présent pour lui servir en temps et lieu ce que de raison; et pour le faire signifier à qui il appartiendra, a fait et constitué son procureur le porteur, lui en donnant pouvoir. Ce fut fait déclaré requis et protesté en la maison dudit Galloys, l'un desdits notaires, l'an mil six cent cinquante six, le vingt-sixième jour de janvier après midi, et a signé la minute des présentes demeurée vers ledit Galloys notaire. Signé LE CARON et GALLOYS."

JOVY Ernest, Études pascaliennes, IX, Le Journal de M. de Saint-Gilles, p. 109. Remarques sur le caractère diplomatique de l'écrit à l'égard de la Cour. l'acte est signifié à huit heures du matin et lu en Assemblée ensuite. Saint-Gilles annonce que la première Provinciale commence à circuler.

BAUDRY DE SAINT-GILLES D’ASSON Antoine, Journal d’un solitaire de Port-Royal, éd. Ernst et Lesaulnier, Paris, Nolin, 2008, p. 147 sq.

GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne. Autour des Provinciales, Édition critique des Mémoires de Beaubrun (1655-1656), Paris, Klincksieck, 1997, p. 618 sq. Texte, précédé de cette indication : « Il n’est rien dit dans le plumitif de la signification que M. Arnauld leur fit faire le 27 janvier, et qui fut imprimée alors in 4° et distribuée le même jour partout. Ils en firent la lecture dans l’assemblée. » L’acte est « fait et passé le 26 janvier après-midi et a signé la minute. Signe Le Caron et Gallois » : p. 621.

GEF IV, p. 181 sq.

ARNAULD Antoine, Œuvres, XIX, p. LXII.

DUCHÊNE Roger, L'imposture…, 2e éd., p. 87.

JOUSLIN Olivier, « Rien ne nous plaît que le combat ». Pascal et le dialogue polémique, t. 2, Thèse, 2004, p. 1059. L’acte est lu par des huissiers en Sorbonne.

28 janvier 1656.

JOVY Ernest, Études pascaliennes, IX, Le Journal de M. de Saint-Gilles, p. 111 sq.

BAUDRY DE SAINT-GILLES D’ASSON Antoine, Journal d’un solitaire de Port-Royal, éd. Ernst et Lesaulnier, Paris, Nolin, 2008, p. 149.

DE FRANCESCHI Sylvio, Entre saint Augustin et saint Thomas. Les jansénistes et le refuge thomiste (1653-1663) : à propos des 1re, 2e et 3e Provinciales, Paris, Nolin, 2009, p. 96. Avis de Jacques Henault.

28 janvier 1656. Délibérations en Sorbonne

JOVY Ernest, Etudes pascaliennes, IX, Le Journal de M. de Saint-Gilles, p. 111 sq.

BAUDRY DE SAINT-GILLES D’ASSON Antoine, Journal d’un solitaire de Port-Royal, éd. Ernst et Lesaulnier, Paris, Nolin, 2008, p. 149.

GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne. Autour des Provinciales, Édition critique des Mémoires de Beaubrun (1655-1656), Paris, Klincksieck, 1997, p. 624 sq. Liste des docteurs qui ont opiné.

29 janvier 1656. Nicole est aux Champs pour la révision de la Provinciale II.

McKENNA Antony, « La composition de la « Logique » de Port-Royal », p. 190.

29 janvier 1656. Date de la 2e Provinciale

DE FRANCESCHI Sylvio, Entre saint Augustin et saint Thomas. Les jansénistes et le refuge thomiste (1653-1663) : à propos des 1re, 2e et 3e Provinciales, Paris, Nolin, 2009, p. 97.

Curieusement, la date portée en tête du texte dans le R 1035 est février 1656. C’est une erreur, comme l’indique GEF IV, p. 156.

DE FRANCESCHI Sylvio, Entre saint Augustin et saint Thomas. Les jansénistes et le refuge thomiste (1653-1663) : à propos des 1re, 2e et 3e Provinciales, Paris, Nolin, 2009, p. 97.

L’impression commence le 1er février, et la pièce circule le 5. Nicoelle à Port-Royal relit hâtivement la pièce mise à l’impression le 1er février et publiée dès le 5. Elle sera réimprimée par Langlois le 30 mars selon GEF IV, p. 152.

JOUSLIN Olivier, « Rien ne nous plaît que le combat ». Pascal et le dialogue polémique, t. 2, Thèse, 2004, p. 1060. Lettre écrite rue des Poirées, à l’hôtel du Roi David.

29 janvier 1656. Fin des délibérations en Sorbonne pour la censure d'Arnauld sur la question de droit

GEF IV, p. 184. Texte de la censure votée le 31 janvier 1656.

JOVY Ernest, Études pascaliennes, IX, Le Journal de M. de Saint-Gilles, p. 112.

BAUDRY DE SAINT-GILLES D’ASSON Antoine, Journal d’un solitaire de Port-Royal, éd. Ernst et Lesaulnier, Paris, Nolin, 2008, p. 149 sq.

GRES-GAYER Jacques M., Le jansénisme en Sorbonne, 1643-1656, p. 182 sq. Voir p. 244, relevé des votes sur le droit. Voir le tableau général p. 293 sq. Divergences entre les sources : p. 244.

OC III, éd. J. Mesanrd, p. 448.

GRES-GAYER Jacques M., En Sorbonne. Autour des Provinciales, Édition critique des Mémoires de Beaubrun (1655-1656), Paris, Klincksieck, 1997, p. 627 sq. Récapitulation sur la délibération : p. 628 sq. Conclusion sur le fait que si l’on avait eu les 60 docteurs qui s’étaient retirés, st si l’on avait récusé ceux qui devaient l’être, on aurait pu éviter la censure d’Arnauld : p. 629. Les moines, qui auraient dû n’être que 8, était en fait 40, soit 32 surnuméraires.

ARNAULD Antoine, Œuvres, t. XIX, p. LX. Avis des docteurs favorables à Arnauld sur la proposition de droit. Ils sont moins nombreux en raison de la retraite des docteurs jansénistes.

Le 31 janvier 1656, Antoine Arnauld est condamné et exclu de la Sorbonne, s'il ne se rétracte pas avant le 15 février. La censure est votée le 31 janvier, ses termes approuvés le 1er février (Février 1656. Censure de la sacrée Faculté de Théologie de Paris, contre un livre intitulé Seconde Lettre, Gaspard Meturas, Paris, 1656, in-4°, 10 p.) ; elle est imprimée le 17 février en latin, puis en traduction française officielle, et criée dans les rues à partir du 22 février. Voir le texte de la censure, in PASCAL, Œuvres complètes, GEF IV, p.184 sq., et Provinciales, éd. Le Guern, p. 332 sq. L'opinion d'Arnauld sur la question de fait est déclarée téméraire, scandaleuse, injurieuse au Pape et aux Evêques de France, renouvelle la doctrine de Jansénius déclarée hérétique; et son opinion sur la question de droit, téméraire, impie, blasphématoire, frappée d'anathème et hérétique.

Arnauld a protesté de nullité dans un acte précédent le 27 janvier 1656. Voir ARNAULD Antoine, Acte signifié le 27e jour de janvier 1656 à Messieurs les Doyen, Syndic et greffier de la Faculté de Théologie de Paris, à la requête de Monsieur Arnauld, Docteur de Sorbonne, slnd, in-4°. Voir le texte in GEF IV, p. 181 sq. Arnauld proteste contre le fait que ses ennemis se sont faits ses juges, qu'on a empêché ses défenseurs de parler, qu'on lui a imposé des opinions hérétiques qu'il ne tient pas; il déclare qu'il demeure dans l'Eglise et soumis à l'Eglise, mais"qu'il ne peut reconnaître pour légitime une Assemblée où il n'y a point de liberté à des théologiens de déduire les raisons de leurs avis..." Il refuse de se soumettre et se voit donc rayé de la liste des docteurs. Voir GEF IV, p. 186 : "la Faculté a jugé qu'il devait être rejeté de sa Compagnie, effacé du nombre de ses docteurs, et tout à fait retranché, en cas que dans le quinzième jour du mois de février prochain, il ne change de sentiment, et ne souscrive à la présente censure"... en présence de ceux qui l'ont condamné. Mesures complémentaires : tout bachelier, toute personne qui se présentera pour suivre les cours devra préalablement souscrire à cette censure; toute personne qui approuvera les thèses d'Arnauld sera chassée de Sorbonne.

DE FRANCESCHI Sylvio, Entre saint Augustin et saint Thomas. Les jansénistes et le refuge thomiste (1653-1663) : à propos des 1re, 2e et 3e Provinciales, Paris, Nolin, 2009, p. 96.

JOUSLIN Olivier, « Rien ne nous plaît que le combat ». Pascal et le dialogue polémique, t. 2, Thèse, 2004, p. 1060.

KOYANAGI Kimiyo, “Silences et publicité sur l’Affaire Arnauld. - Sur ce que Pascal a dit et ce qu’il n’a pas dit -”, Etudes de Langue et Littérature françaises, n° 70, Tokyo, 1997, p. 27-40.